LE COVID-19 A DOPÉ LES PRESSIONS DES LOBBYS INDUSTRIELS, ASSURENT LES ONG Spécial

Écrit par  Jui 05, 2020

Plusieurs entreprises ont profité de la crise sanitaire pour tenter d’assouplir les régulations économiques et sociales, en France, en Europe ou aux Etats-Unis. C’est ce que dénoncent Les Amis de la Terre et l’Observatoire des multinationales qui demandent notamment la création d’un observatoire public indépendant pour pouvoir évaluer l’impact de la crise sur les réglementations.

"Alors que les drames humains et le confinement attiraient toute l’attention, les industriels et les porte-voix du secteur privé n’ont pas perdu de temps pour ‘ne pas laisser se gâcher une bonne crise’. Tirant profit de l’urgence et d’une situation exceptionnelle, ils ont poussé leurs intérêts auprès des décideurs", dénoncent les Amis de la Terre et l’Observatoire des multinationales dans un nouveau rapport : Lobbying, l’épidémie cachée.

Parmi les secteurs les plus actifs : l'énergie, le transport aérien, l'automobile mais aussi la chimie comme Bayer qui a demandé la suspension de toute contrainte sur les pesticides et leur exportation, au nom de l’impératif de sécurité alimentaire, selon un document rendu public par Foodwatch. Ou encore le plastique, très actif pendant le Covid : "Tous ces lobbies, on les a fait sortir par la grande porte à l'occasion de la loi-antigaspillage votée en janvier et ils sont en train de revenir par la fenêtre", confirme la secrétaire d'Etat Brune Poirson dans La Provence. Les organisations patronales n’ont pas été en reste. La lettre du Medef au ministère de la Transition écologique appelant à un "moratoire" de certaines mesures environnementales a été très commentée mais le rapport mentionne aussi le lobbying de l’Association française des entreprises privées (Afep) envers la Commission européenne pour suspendre les travaux en cours sur la transparence et justice fiscale ou le devoir de vigilance.

A Bruxelles, les représentants d’intérêts ont joué des coudes pour être les premiers à profiter des plans de relance et des mesures d’aides, via notamment les nombreuses consultations (virtuelles) des industriels par la Commission européenne. A Washington, les cabinets de lobbying ont rapidement constitué des équipes dédiées à la crise pour aider les firmes à promouvoir leurs produits ou les faire approuver plus rapidement par l’administration. Le premier trimestre 2020 a vu un niveau record de dépenses de lobbying, de l’ordre du milliard de dollars, principalement orienté autour du plan de soutien économique adopté par le Congrès. "Les conditions d’un rush de lobbying sont idéales. Les inquiétudes budgétaires ont été largement reléguées au second plan. Le processus législatif est précipité et les deux partis [politiques] sont soumis à d'intenses pressions" à l’approche des élections, expliquait ainsi le New York Times dès le 20 mars.

Un observatoire indépendant pour éviter le coronawashing

Pour les ONG, les industriels ont aussi su mettre en avant leur réponse à la crise, via leur production de gel hydroalcoolique, de masques ou de respirateurs pour se "tailler une image verte et généreuse, faisant mine de prendre la mesure de la crise, tout en vantant les mérites de l’autorégulation". Ils auraient ainsi "instrumentalisé la pandémie", par le biais d’un "coronawashing, qui est aussi une forme de lobbying", estime Juliette Renaud, responsable de campagne sur la Régulation des multinationales aux Amis de la Terre France.

Pour mieux évaluer l’impact du lobbying sur les réglementations, les ONG demandent notamment un observatoire public de la crise avec des garanties d'indépendance. Car si celles-ci entendent bien exercer un rôle de veille par leurs propres moyens, "l’opacité règne et accéder aux informations et documents administratifs, c’est mission quasi impossible", souligne Juliette Renaud. Pour les ONG, il est également urgent de renforcer la transparence du lobbying en France, en rendant publics les rendez-vous entre décideurs et représentants d'intérêts ou en mettant en place "des conditions juridiquement contraignantes et vérifiées" pour les encadrer. Pour Olivier Petitjean de l’Observatoire des multinationales, cela est "indispensable" pour ne pas laisser les lobbies "dessiner seuls les contours du monde d'après."

NVTC

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