LE PARLEMENT EUROPÉEN VALIDE DE NOUVEAUX PROJETS GAZIERS : PREMIER TEST RATÉ APRÈS L'ADOPTION DU GREEN DEAL Spécial

Écrit par  Fév 13, 2020

Le Parlement européen a voté en faveur de nouveaux projets d'infrastructures gazières au sein de l'Union. Deux récentes études appelaient pourtant à s'y opposer en vertu de l'objectif de neutralité carbone que s'est fixé Bruxelles dans le cadre du Green deal. Les experts mettent aussi en avant l'inutilité de ces projets en termes de sécurité d'approvisionnement et alertent sur les milliards d'euros de perte de valeur d'actifs qui vont en découler. 

C’est un premier test raté pour la Commission européenne, emmenée par Ursula von der Leyen qui a fait de l’urgence climatique son cheval de bataille. Les députés européens ont voté, ce mercredi 12 février, en faveur du financement de 32 nouvelles infrastructures gazières (principalement des gazoducs, quelques terminaux GNL et des installations de stockage). Celles-ci font partie d’une liste plus large de "projets d’intérêt commun" (PCI), qui recense l’ensemble des chantiers d’infrastructures énergétiques éligibles aux fonds communautaires. Elle a été établie par la précédente commission européenne, présidée par Jean-Claude Juncker.

"Le Parlement européen choisit de préserver les énergies fossiles, en s'opposant à notre proposition. Mais ce n'est pas fini. Nous étions 103 signataires, 169 votant.e.s, et nous continuerons à réclamer des investissements cohérents, qui garantissent un avenir et climat stable !" a réagi l'eurodéputée française Marie Toussaint.

Pascal Canfin, président de la commission environnement, fait partie des députés à avoir validé la liste PCI, après avoir obtenu des garanties de la part de Bruxelles. "Nous avons développé une alternative à l’objection, pour ne pas ralentir le financement potentiel de projets nécessaires, explique-t-il. A la veille du vote, la Commission européenne a entendu la demande du Groupe Renew portée par la délégation Renaissance. Frans Timmermans, le Vice-président en charge du Green Deal, a déclaré que 'pour recevoir des fonds européens, les projets de la liste PCI devront soutenir nos ambitions dans le cadre du Green Deal'".

Des projets inutiles

Parmi les projets inclus dans la liste PCI, il y a par exemple le gazoduc trans-adriatique (TAP) traversant l'Italie, l'Albanie et la Grèce, le terminal de GNL Shannon en Irlande, pour importer du gaz des États-Unis, le terminal flottant de GNL croate sur l’île touristique de Krk ou encore le gazoduc Eastmed reliant Israël à Chypre et à la Grèce. Ces projets représentent 338 gigawatts (GW) de capacités supplémentaires qui viendraient s’ajouter aux 2 000 GW déjà existants alors que pour tenir ses objectifs climatiques, l’UE devrait baisser sa consommation de gaz de 29 % d’ici 2030.

Pour le cabinet de conseil Artelys, qui vient de publier un rapport (1) pour la Fondation européenne pour le climat, ces projets gaziers ne sont pas nécessaires du point de vue de la sécurité d'approvisionnement et sont susceptibles d’entraîner un gaspillage de 29 milliards d’euros de fonds publics. Le document montre en effet que les infrastructures gazières existantes sont suffisantes pour répondre aux futurs scénarios de demande de gaz dans l'Union, même en cas de perturbations extrêmes de l'approvisionnement.

"La liste PCI est établie sur la base des travaux de nombreux experts et reflète les besoins des États membres pour achever et intégrer leurs marchés de l'énergie avec un approvisionnement sûr, abordable et durable. Les projets en question doivent donc être considérés comme valables et comme un élément nécessaire de l'infrastructure énergétique de l'UE", a de son côté expliqué James Watson, le secrétaire général d'Eurogas, l’association européenne du gaz. Mais certains remettent en question les projections retenues car elles sont établies par les plus grands constructeurs et exploitants de gazoducs d'Europe. 

Le GNL aussi néfaste pour le climat que le charbon

Une autre étude récente publiée par l'ONG Global Energy Monitor (2) a elle aussi recensé les projets gaziers européens, en y incluant les centrales à gaz et arrive à la même conclusion. Elle dénonce 117 milliards d’euros de dépenses "inutiles" (dont 20 milliards d'euros au Royaume-Uni). "L'UE dispose déjà d'une capacité d'importation représentant près du double de sa consommation et les centrales déjà existantes ne génèrent qu'environ un tiers de leur capacité électrique", préviennent les auteurs.

Le gaz est présenté par ses défenseurs comme une énergie de transition car lors de sa combustion, il émet moins de CO2, d’oxydes d’azote et de soufre que le charbon et le pétrole. Mais selon une récente étude de Bloomberg Green (3), l’empreinte carbone des nouvelles installations de gaz naturel liquéfié (GNL) aux États-Unis rivalise avec celles de l’industrie du charbon à cause notamment du méthane qui est relâché pour sa production. Or, l’Europe importe 70 % du gaz qu’elle consomme, majoritairement depuis la Russie par pipeline mais aussi du GNL provenant des États-Unis et du Moyen-Orient.      

(1) Voir le rapport d'Artelys 

(2) Voir le rapport du Global Energy Monitor

(3) Voir l'étude de Bloomberg Green

 

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