LES PÉTROLIERS VERSENT AUX INVESTISSEURS DES DIVIDENDES BIEN AU-DELÀ DE LE LEURS MOYENS Spécial

Écrit par  Fév 08, 2020

Les majors pétrolières vivent bien au-dessus de leurs moyens, selon une étude de l’institut d’analyse économique et financière de l’énergie. Malgré un poids dans l’économie qui ne cesse de décroître, elles versent tous les ans de généreux dividendes à leurs actionnaires, qui dépassent largement leur trésorerie disponible. Face à la méfiance des investisseurs, qui craignent le risque d’actifs échoués, les compagnies pétrolières préfèrent donc s’endetter pour conserver leurs actionnaires.

Plus une entreprise gagne d’argent, plus elle pourra payer des dividendes à ses actionnaires. Ce principe classique de l’économie de marché est battu en brèche par les grandes compagnies pétrolières. Selon une étude réalisée par l’Institute for Energy and Financial Analysis (IEEFA, Institut de l’analyse économique et financière de l’énergie), cinq des plus grandes majors du pétrole versent plus de dividendes qu’elles ne génèrent d’argent.

L’étude, intitulée "Living beyond their means" (ils vivent au-dessus de leurs moyens), montre qu’entre 2010 et 2018, ExxonMobil, BP, Chevron, Total et Shell ont versé en tout 536 milliards de dollars de dividendes à leurs actionnaires. Mais, sur la même période, ces cinq entreprises n’ont généré que 329 milliards de dollars de flux de trésorerie disponible. Pour combler l’écart de 207 milliards de dollars, ces cinq majors ont eu recours soit à l’endettement, soit à la vente d’actifs.

L’étude de l’institut américain reflète en fait le déclin progressif du secteur des énergies fossiles, autrefois industrie majeure tirant l’économie mondiale. Selon Bloomberg, la part du secteur de l’énergie dans le S&P 500, l’indice phare américain, est tombée sous les 4 % fin janvier. Une chute dans l’indice phare américain, qui semble inexorable depuis 2009-2010.

Secteur sous pression

Les investisseurs craignent une perte de valeur des actifs des pétroliers du fait de l’évolution du marché. De plus en plus de pays prennent des engagements pour réduire leur empreinte carbone et poussent des secteurs, comme l’automobile, à se passer des énergies fossiles. Le modèle économique de ces entreprises s’en trouve donc fortement abîmé et le risque de voir des actifs échoués dans leurs portefeuilles devient de plus en plus fort. Plusieurs compagnies pétrolières ont même dû déprécier récemment certains de leurs actifs.

Le seul moyen que trouvent les grandes majors pour continuer d’attirer les investisseurs, consiste donc à leur verser de généreux dividendes, quitte à ce qu’ils soient décorrélés de la performance économique réelle de l’entreprise. Le paiement des dividendes ne serait donc qu’un pansement sur un "secteur en désarroi", selon Tom Sanzillo, co-auteur de l’étude et directeur pour la finance de l’IEEFA.

"Les majors pétrolières sous-performent constamment le marché et elles semblent penser que les actionnaires ne le remarqueront pas tant qu’elles versent de généreux dividendes", explique-t-il. Même la remontée du prix du baril ne suffit pas à rééquilibrer la balance. Selon l’IEEFA, les prix élevés en 2013 et 2014 ont simplement poussé les pétroliers à augmenter encore plus la distribution de dividendes ces années-là.

ExxonMobil est celui dont l’écart entre les dividendes versés et les flux de trésorerie disponibles est le plus grand, avec 64,5 milliards de dollars. C’est aussi l’une des majors les moins engagées dans la transition énergétique, elle a même fait face à un procès pour avoir menti à ses investisseurs sur la réalité du changement climatique. Les dividendes versés par le pétrolier américain n’ont cessé de croître depuis 37 ans. Et l’écart devrait encore se creuser cette année, vu qu’Exxon prévoit encore d’augmenter les versements aux actionnaires, malgré des résultats insatisfaisants. Il devrait ainsi couvrir 64 % des dividendes versés au titre de l’année 2019 avec de l’endettement ou des cessions d’actifs, contre 30 % en moyenne depuis 2010.

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