Les centrales à charbon décriées Spécial

Écrit par  Mar 12, 2019

Le Sénégal prévoit de doubler sa production d’électricité en 2017. Les orientations de politique énergétique du Sénégal fixées en juillet 2012 par le président sénégalais,  ont pour objectifs, à l’horizon 2017, un taux d’électrification de 50 %. Pour alléger sa facture pétrolière, le Sénégal fait l’option du mix énergétique qui prévoit une régression significative des produits pétroliers (fuel-oil lourd 26,3 %, fuel domestique 4,56 %) et une progression du charbon 25,1 %.

Le point 85 de  la Lettre de politique de développement sectorielle de l’énergie du 21 octobre 2012 stipule clairement que «l’Etat privilégie l’option de la coopération bilatérale pour la réalisation de centrales à charbon avec des opérateurs ayant les capacités techniques et financières de conduire des projets de grandes envergures dans les meilleurs délais». 

La revue Lumière n°14, éditée par la Senelec, indique que depuis 2004, afin d’atténuer l’impact de la hausse du fioul lourd, la Senelec a recours  au charbon comme solution alternative.

Ainsi la société a retenu la réalisation d’une centrale à charbon de 125 MW à Bargny. Cette dernière, qui sera construite par Minam, devra acquérir et aménager le terrain nécessaire de 22 ha dont 9 ha sont destinés au stockage du charbon. Le Sud-Coréen Kepco a été chargé, en mai 2013, de construire une centrale à charbon de 250 MW à Sendou pour livraison fin 2017.

Mais, selon Mbacké Seck, Secrétaire exécutif de l’Ong Han Baykeeper, le gouvernement prévoit une dizaine de centrales à charbon avec Tobène Power pour 70 MW à Taïba Ndiaye, Africa Energy 300 MW à Mboro, la centrale Jindal de Kayar avec 350 MW, Contour Global avec 53m MW la centrale à charbon de la Senelec de Sendou 1 avec 125 MW, et les Coréens de Kepco avec 250 MW à Bargny, les Ics et les deux cimenteries Sococim et Dangote.

Le hic, c’est que toutes ces centrales à charbon seront installées sur les côtes de la région de Dakar, entre Sendou, Bargny et Kayar. Le littoral, qui concentre 60 % de la population et 6,2 de notre Pib, selon la Banque mondiale, sera bientôt le bastion des énergies polluantes.

Interrogé, le responsable Environnement de la Senelec affirme que certains de ces projets ne semblent plus être à l’ordre du jour sur le même site.

Mais cette option du charbon révolte Mbacké Seck. Il affirme que l’Etat n’a pas fait le bon choix en misant sur une énergie très polluante. «Monsieur le Président de la République, géologue, vous avez la certitude que cette option pour les centrales à charbon n’est pas la meilleure. Il ne faudrait pas que cette solution énergétique actuelle soit un problème environnemental demain. Les dégâts seront multiples pour les hommes et la nature. 
Le seul avantage du charbon, c’est d’être la moins chère parmi les sources de production d’énergie», prévient-il.

Avant d’ajouter : «Le charbon apparaît comme une énergie avantageuse face à « une demande insatiable d’électricité des marchés émergents », mais c’est de loin l’énergie fossile la plus polluante.»

Outre l’émission de Co2, Mbacké Seck note que les centrales à charbon sont gourmandes en eau. Et à ce titre, elles risquent d’assoiffer les populations. «Au Sénégal, les besoins en eau potable sont importants. Or le charbon consomme beaucoup trop d’eau potable. La petite centrale de Sendou (125 MW) a besoin chaque jour de plus de 5 000 m3 d’eau potable directement tirée de la nappe phréatique ou du réseau déjà déficitaire pour de la vapeur nécessaire à la production électrique», renseigne-t-il.

Les dix centrales nous permettront d’atteindre 1 200 MW, alors qu’en Inde une centrale de 1 000 MW consomme en eau potable le même volume qu’une ville de 700 000 habitants. Pour refroidir la chaufferie, rien que 15 000 m3 par heure d’eau de mer seront pompées à Bargny. Des milliers de mètres cubes d’eau chaude seront rejetés en mer. Le rejet de cette eau thermale, donc chaude, avec une température de 5.6 à 11 degrés supérieure à celle de son prélèvement, décimera la vie aquatique et les écosystèmes très sensibles aux moindres variations thermiques.

Toutes les centrales prévues seront installées sur le littoral dans cette zone des Niayes irremplaçable pour le maraîchage et aux proximités des aires marines protégées aménagées à Bargny et à Kayar à coups de milliards pour la pêche.

Ainsi, selon lui, l’Etat va fouler au pied plusieurs dispositions du Code de l’environnement et les normes sur les eaux usées NS 05-061 et sur l’air NS 05-062.

«Au Sénégal, bien avant l’adoption du Pse, l’agriculture, l’horticulture, la pêche, et même le littoral, pour son potentiel touristique, constituaient des sources vitales pour notre économie et pour nos populations. Le charbon plombera la production agricole des Niayes. Le transport du charbon à bord des camions, même bâchés, produit une poussière de charbon qui contamine l’air», dit-il, indiquant que c’est la cause de silicose qui affecte les poumons chez l’être humain. Les sols et les cours d’eau sont aussi touchés par les pluies acides.

Des milliers de tonnes de cendres contaminées par des métaux lourds seront produits par la combustion du charbon. Ces cendres contiennent de l’arsenic, du bore, du cadmium, du plomb, du mercure, de sélénium. La gestion des cendres toxiques est problématique dans toutes ses formes. Les toxines des déchets de combustion nuisent au fonctionnement des principaux organes humains, au développement des fœtus et des enfants, elles sont la cause de cancers et de décès.

La construction 4 centrales à charbon va altérer les terres, vider la nappe phréatique, polluer les eaux et l’air, plomber nos exportations horticoles, appauvrir agriculteurs et pêcheurs avec la détérioration de la santé.

As GUEYE

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