Pape Mbor Ndiaye

Pape Mbor Ndiaye

Disparition des forêts tropicales, acidification des océans, fonte de l'Inlandsis du Groenland... Ces phénomènes sont des points de non-retour, des seuils critiques que l'humanité ne doit pas franchir sans se mettre en danger. Or aujourd'hui, sur les neuf "tipping points", quatre ont déjà été dépassés. Dans le documentaire choc "Notre planète a ses limites : l'alerte de la science", sorti le 4 juin sur Netflix, des experts nous mettent en garde contre ces changements irréversibles et nous donne les clés pour éviter le pire.

"Imaginons-nous au volant, à la montagne, sur une route qui serpente, dans une voiture au moteur trop puissant, qui roule trop vite, les phares éteints, avec les précipices où on risque de tomber. Il vaut mieux allumer les phares. C’est ce que la science veut nous donner : des phares pour voir les dangers qui arrivent". C’est avec la voix du scientifique suédois Johan Rockstrom que débute ce documentaire Netflix dédié aux tipping-points, ces points de non-retour susceptibles de provoquer des changements irréversibles pour notre planète.

"Notre planète a ses limites : l’alerte de la science", sortie le 4 juin sur la plateforme, est d’abord un cri d’alerte. Pendant 75 min, le scientifique, directeur de l’Institut de recherche de Potsdam épaulé par la voix grave du naturaliste britannique Sir David Attenborough tente de manière pédagogique d’expliquer les neuf seuils limites qui ne peuvent être dépassés sans mettre en danger l’humanité. Or, aujourd’hui, quatre tipping points ont été franchis, selon les recherches de Johan Rockstrom : le climat, l’intégrité de la biosphère, la biodiversité et les nutriments. Deux sont en train de basculer : l’acidification des océans et l’eau douce.

L'espoir de la couche d'ozone

"Depuis l’aube de la civilisation, nous dépendons de l’état stable de notre planète : une planète avec deux calottes glaciaires, des fleuves alimentés, un manteau de forêts, une météo fiable et une vie abondante. Tout au long de l’holocène, cette planète stable nous a donné de quoi manger, de l’eau à boire, de l’air à respirer, mais nous venons de quitter l’Holocène", explique Johan Rockstrom. "Nous avons créé nous-même une époque géologique : l’anthropocène", abonde Sir David Attenborough, "En seulement 50 ans, nous avons réussi à nous mettre hors d’une situation, dans laquelle nous vivions depuis 10 000 ans".

Si ce documentaire peut nous donner des sueurs froides tant l’état de la planète semble catastrophique, les scientifiques veulent redonner espoir car non, il n’est pas trop tard. Et l’humanité a déjà réussi à se rassembler et à inverser la tendance pour un des points de basculement : la couche d’ozone.

Le trou dans la couche d'ozone, identifié en 1985, s'est formé à cause des émissions dans l'atmosphère de produits chimiques très nocifs, les chlorofluorocarbures. Ces gaz étaient alors principalement utilisés dans la fabrication des frigos et climatiseurs. Les pays du monde entier se sont accordés en 1987 dans le cadre du Protocole de Montréal pour mettre fin à leur utilisation, répondant à une urgence vitale. En 2019, le trou de la couche d’ozone a atteint sa plus petite taille depuis les années quatre-vingt. Une preuve qu’en s’unissant, les pays du monde entier peuvent lutter efficacement contre le changement climatique.

 

Seuls 37 % des produits vendus par le géant de l'agroalimentaire Nestlé sont bons pour la santé, selon un document interne qui a fuité dans le Financial Times. Entre les eaux aromatisées trop sucrées, les plats ultra-transformés ou les céréales, le groupe, qui s'est pourtant lancé dans un virage plus végétal et plus sain, se remet en question. Il est en tout cas soutenu par ses actionnaires car, malgré les révélations, ses actions en Bourse atteignent des sommets.

L’empire Nestlé est énorme. L’éventail de ses 50 marques s’étend des confiseries KitKat, Crunch ou Smarties à la purée Mousline et l’eau en bouteille en passant par les céréales Chocapic ou Lion. Nestlé, qui affiche en grand sur son site sa volonté "d’aider les enfants à mieux manger" traverse pourtant une période compliquée. Un rapport affirme en effet que 60 % des produits de la marque sont mauvais pour la santé. Et cette note n’est pas le fruit d’une enquête d’une ONG mais de Nestlé lui-même. Le document a fuité dans la presse et le Financial Times y a eu accès.

Dans cette présentation, faite aux cadres dirigeants, le groupe reconnaît que seuls 37 % de ses produits et boissons obtiennent une note supérieure à 3,5 étoiles dans le système de notation à 5 étoiles, utilisé en Australie. 3,5 sur 5 est le seuil minimum pour être considéré comme bon pour la santé. Le chiffre de 60 % évoqué dans la note interne ne porte toutefois que sur une partie de son portefeuille de produits, précise le FT. Il ne concerne pas la nutrition infantile ni les produits pour les animaux de compagnie, le café ou encore la nutrition médicale. En pratique, ce chiffre de 60 % ne concerne "qu’environ la moitié" de ses activités en termes de chiffre d’affaires.

Nestlé fait une cure d’amaigrissement

"Nous avons considérablement amélioré nos produits" mais "notre portefeuille est toujours sous-performant par rapport aux définitions externes de la santé dans un paysage où la pression réglementaire et les demandes des consommateurs montent en flèche", commente le document interne. Cette révélation vient ternir la réputation du groupe alors que Nestlé, comme tout le secteur agroalimentaire, a entamé une cure d’amaigrissement ces dernières années.

Plus d’un cinquième de son portefeuille a été réorienté au détriment des confiseries, charcuteries ou glaces. Depuis 2005, le groupe a réduit de 35 % la teneur en sucre de ses produits pour enfants. Le géant suisse, auparavant réticent à l’utilisation du Nutriscore, s’est également rallié à ce système d’étiquetage nutritionnel et veut l’imposer dans toute l’Europe. Le groupe affirme même avoir amélioré ses produits pour un meilleur Nutriscore. Ainsi, les céréales Chocapic obtiennent ainsi la note de B.

La malbouffe fait vendre

Le groupe a également entamé un virage vers les alternatives végétariennes à la viande et au lait. Contrairement à Tesco, la plus grande chaîne de supermarchés britannique, qui a fait face à une résolution "sanitaire" de ses actionnaires concernant son rôle dans l’obésité, la trajectoire de Nestlé semble satisfaire les investisseurs. Malgré les révélations, Nestlé est toujours aussi prospère et ses actions ont atteint ces derniers temps un niveau historique.

Du côté des consommateurs, la pression augmente mais le marché est aujourd’hui polarisé entre ceux qui réclament des produits "plus sains" et ceux qui demandent des produits "moins chers". Or, aujourd’hui, c’est la malbouffe qui vend le plus. "Le sucre et le gras sont peut-être le fléau des nutritionnistes, mais pour les personnes stressées et occupées, ils offrent un confort indispensable", résume ainsi le Financial Times. Il suffit de jeter un coup d’œil au classement des marques les plus vendues en 2020 réalisé par Kantar pour comprendre : Coca-Cola est toujours indétrônable en haut du podium et Kinder entre pour la première fois dans le top 20.

AFP

Les rivières se sont asséchées plus tôt que prévu en Californie. Le débit de l'eau est si faible, que les jeunes saumons chinook ne parviennent pas à rejoindre l'océan, et se retrouvent bloqués dans une eau qui se réchauffe et leur est fatale. Le département de la faune sauvage a organisé le convoi des 17 millions de saumons jusqu'au grand bleu en camion-citerne.

Les saumons chinook sont pris entre deux eaux : celle de la rivière, dans laquelle ils sont nés, et celle de l'océan, où ils vont passer la plupart de leur vie avant de retourner sur leur lieu de naissance pour pondre et mourir. Mais cette année en Californie, la migration vers le grand bleu est particulièrement ardue pour les alevins. La sécheresse a touché la région encore plus tôt que les années précédentes.

Depuis le 10 mai, l’état d’urgence a été déclaré dans 40 comtés. Des millions de jeunes saumons chinook, tout juste nés au printemps, se trouvent dans une situation délicate. D'une part, le débit de l’eau est devenu trop faible pour leur permettre de migrer jusqu’à l'océan : certaines rivières atteignent avec peine 30% de leur débit normal pour la saison. D'autre part, la hausse de la température de l’eau est fatal aux juvéniles.

Le département de la faune sauvage de Californie a donc décidé de leur prêter main forte. Depuis le mois d'avril, les 17 millions de poissons concernés sont transportés dans des camions-citernes de la Vallée centrale à la baie San Pablo. Soit une distance comprise entre 80 et 180 kilomètres, "où les pertes lors des migrations ont été significatives en période de sécheresse" a expliqué le département californien dans un communiqué. L’opération devrait durer jusqu'à la fin du mois de juin.

"20% de poissons supplémentaires"

Ce n’est pas la première fois que les jeunes saumons sont affrétés : les premiers transports d’alevins ont débuté dans les années 80. Mais cette année, ce sont 20% de poissons supplémentaires qui seront évacués d'urgence. "Le transport de jeunes saumons par camion vers les sites de lâcher en aval s'est avéré être l'un des meilleurs moyens d'augmenter la survie jusqu'à l'océan par temps sec" a ajouté le département californien.

Ce n’est pas le seul mal qui pèse sur les saumons chinook. A quelques kilomètres au Nord, les populations de l’Oregon ne sont pas mieux lotis. Les niveaux très bas et la chaleur de l’eau ont encouragé le développement d’une bactérie mortelle, C shasta. Sur un échantillon observé par les biologistes, 70% des individus avaient succombés à la maladie. 98% étaient infectés. Et cette hécatombe aura un impact sur d'autres espèces, comme les orques du Pacifique Nord-Ouest, qui se nourrissent presqu'exclusivement de saumons.

NOVETHIC

Le Forum génération égalité, à travers le Village des initiatives, a été célébré ce mardi 15 juin à la Maison des cultures urbaines de Ouakam. Il s’agit d’un rassemblement mondial sous l’égide de la société civile, de l’Onu Femmes et co-organisé par la France et le Canada. Il vise à lancer six coalitions d’actions dont la violence basée sur le genre, la justice et le droit économique, l’autonomie corporelle et le droit en matière de santé reproductive et sexuelle, l’action féministe pour la justice climatique, la technologie et l’innovation pour l’égalité des sexes et mouvements, et le leadership féministe.

Ainsi, la présidente de l’association Vacances vertes, Khady Camara, a été primée pour la coalition d’actions enjeux environnementaux au Sénégal. La cérémonie de remise des prix s’est tenue en présence du secrétaire général du ministère de la Famille, Mame Ngor Diouf, de la directrice régionale d’Onu Femmes, Oulimata Sarr, de l’ambassadeur de France au Sénégal, Philippe Laliot, de l’ambassadeur du Canada au Sénégal, Sébastien Beaulieu, entre autres.

Le fruit de l’ensemble des activités menées par son association

Selon la lauréate du Sénégal, cette consécration est un condensé de l’ensemble des activités que l’association Vacances vertes a eu à réaliser ces dernières années. «C’est quatre années d’actions de terrain avec les filles, femmes et hommes de l’association, sans jamais se fatiguer. Malgré toutes les difficultés rencontrées, nous avons su compter sur nous-mêmes et nos propres moyens afin d’assoir un bel état d’esprit guidé par une conscience environnementale», a soutenu Khady Camara.

De plus, c’est «une reconnaissance de l’éco-féminisme, c’est-à-dire le leadership féminin au service de la protection et de la préservation de l’environnement, comme l’ont fait les pionnières en Afrique australe avec Wangari Mathai et en Inde avec Vardana Shiva».

Pour la présidente des Vacances vertes, cette récompense est «une source de motivation supplémentaire, concourant à l’atteinte des objectifs de développement durable, surtout l’Odd 17 qui prône un partenariat fructueux entre les différentes organisations».

 

Seneweb/Sénégal

La quasi-totalité de l'ouest des Etats-Unis a été placée cette semaine en "état d'alerte" en raison d'une vague de chaleur particulièrement précoce avec des températures qui pourraient friser par endroits les 50°C. "Une vague de chaleur prolongée et potentiellement record est en cours à travers l'ouest des Etats-Unis", concernant au total quelque 50 millions de personnes, ont mis en garde les services de la météo nationale américaine. Le pic de température sera variable selon les zones "mais la tendance est bien au-dessus de la normale, voire extrêmement élevée" et le phénomène durera au moins jusqu'au week-end, ajoutent-ils. En moyenne, les températures sont supérieures d'environ 11°C aux moyennes saisonnières et c'est surtout dans les zones arides et désertiques d'Arizona et du Nevada que des records pourraient tomber. La ville de Phoenix a par exemple enregistré lundi une température de 46°C (115°F) et le mercure pourrait approcher les 48°C en fin de semaine selon les dernières prévisions, avec des minimales qui resteront toutes les nuits supérieures à 30°C. De telles conditions sont "rares, dangereuses et mortelles", préviennent les experts. Dans l'Etat voisin du Nevada, Las Vegas risque de battre le record de chaleur établi en 1940, avec un thermomètre pouvant dépasser 46,5 °C mercredi. Un épisode aussi extrême et prolongé n'avait pas été enregistré dans cette région depuis le début de l'été 2013, selon des médias locaux. Les autorités ont mis en place des "stations de rafraîchissement" en différents points de la ville et ont organisé avec des "influenceurs" spécialisés une campagne de sensibilisation aux dangers encourus par les animaux de compagnie et leurs propriétaires durant la canicule. Le record mondial de température avait été officiellement enregistré le 10 juillet 1913 non loin de Las Vegas, dans la partie californienne de la Vallée de la mort: 56,7°C. Outre l'impact sanitaire de la canicule, les autorités redoutent aussi les conséquences de la chaleur extrême pour les feux de forêt, particulièrement précoces et intenses cette année et aggravés par la sécheresse chronique qui sévit dans l'Ouest américain. Selon les derniers relevés des agences gouvernementales, 88% de la région était en état de sécheresse, dont l'intégralité de la Californie, de l'Oregon, de l'Utah et du Nevada. Or ces sols arides et la végétation desséchée créent à leur tour les conditions propices pour une augmentation des températures, instaurant un cercle vicieux dévastateur. © 2021 AFP
Si les procès climatiques se multiplient, c'est la première fois que des ministres en fonction sont directement visés. Le député européen Pierre Larrouturou, et les militants Camille Étienne et Cyril Dion ont déposé plainte le 17 juin devant la Cour de Justice de la République contre plusieurs personnalités, dont le Premier ministre Jean Castex. Les plaignants pointent notamment du doigt les insuffisances de la loi Climat et résilience. C’est du jamais vu. L'eurodéputé Pierre Larrouturou et les militants Cyril Dion et Camille Étienne ont déposé plainte le 17 juin devant la Cour de Justice de la République (CJR) contre Jean Castex et quatre ministres pour leur inaction contre le changement climatique. Cette plainte vise également les ministres de la Transition écologique Barbara Pompili et de l'Économie Bruno Le Maire, ainsi que les ministres délégués aux Transports Jean-Baptiste Djebbari et au Logement Emmanuelle Wargon. Il y a quatre mois, l’État a été reconnu responsable de manquements en matière de lutte contre le réchauffement par le tribunal administratif de Paris, dans le cadre de l’Affaire du siècle, portée par quatre associations environnementales (Notre Affaire à tous, la Fondation Nicolas Hulot, Greenpeace France et Oxfam France). "L'État a été condamné pour son inaction et malgré ça, on continue à mettre des rustines. Et les ministres n'en ont pas grand-chose à faire parce qu'ils ne se sentent pas directement touchés", a déploré l'eurodéputé. La CJR est seule habilitée à juger les actes des membres du gouvernement dans l'exercice de leurs fonctions. Les ministres encourent jusqu’à deux ans de prison pour abstention de prévention d'un sinistre. Le but des plaignants n'est pas de "couper des têtes" ou d'envoyer des ministres en prison, mais "de les pousser à l'action", avant l'adoption définitive de la loi Climat, a précisé Pierre Larrouturou. C'est pourquoi seuls sont visés des membres du gouvernement actuel. La loi Climat et résilience directement visée La plainte, qui liste des catastrophes déjà subies par la France, insiste sur l'"insuffisance" du projet de loi Climat et résilience adoptée en première lecture à l'Assemblée et actuellement en examen au Sénat. Elle déplore "renoncements" par rapport aux propositions de la Convention citoyenne sur le climat (CCC) dont il découle. Plusieurs instances, comme le Conseil d’État ou le Haut Conseil pour le Climat, avaient rendu un avis négatif sur le projet de loi, estimant que celui-ci était insuffisant pour répondre aux objectifs climatiques de la France. "Par leur inertie, par les décisions qu'ils ont prises de façon délibérée et répétée, les ministres chargés d'organiser et de financer la lutte contre le dérèglement climatique sont complices de ce crime de l'humanité contre la vie, dont parlait Jacques Chirac à Johannesburg", estime la plainte, en référence au discours de 2002 où l'ancien président avait lancé "Notre maison brûle et nous regardons ailleurs". Ils jugent l'inaction des ministres "criminelle". "Avec cette menace, ils réfléchiront peut-être à deux fois avant de prendre des décisions qui impactent la vie de millions de personnes", a souligné la militante écologiste Camille Étienne. Intenter une action en justice "est parmi les stratégies non violentes les plus efficaces, même si les démarches sont plutôt longues", a commenté Cyril Dion, l'un des garants de la CCC. Rien n'est encore gagné : sur plus de 1 500 plaintes reçues par la CJR depuis sa création en 1993, seules sept affaires ont été jugées. Sébastien Mabile, avocat spécialiste du droit de l’environnement, a confié quant à lui au journal Le Monde qu'il jugeait "un peu faible" l'imputation de la responsabilité à chacun des ministres. Ces derniers n'ont pas encore réagi.

Le Covid-19 a plongé dans le rouge les économies du monde entier. Les pays du G7, regroupant les plus grands États industriels, ont d'ailleurs débloqué des plans de relance sans précédent pour y faire face. Mais cette crise économique n'est qu'un aperçu de ce que les pays subiront face au changement climatique. Une récente étude de Swiss Re et Oxfam montre que les économies du G7 pourrait se contracter de 8,5 % par an en moyenne d'ici 2050, soit deux fois plus que lors de la pandémie.

Des restaurants fermés, des usines tournant au ralenti, des salariés au chômage technique… Le Covid-19 a eu un impact considérable sur l’économie mondiale. Un nouveau rapport publié par Swiss Re Institute calcule que les économies du G7, réunissant parmi les plus grands pays industriels comme l’Allemagne et les États-Unis, se sont contractées de 4,2 % en moyenne pendant la pandémie. Pour sauver leurs économies, les États ont déployé des plans de relance d’une ampleur inégalée jusqu’ici. La France a ainsi débloqué une enveloppe de 100 milliards d’euros irriguant tous les secteurs d’activité de l’Hexagone.

Mais cette crise n’est qu’un avant-goût de ce que pourrait coûter le changement climatique aux pays du G7. Selon les calculs de l’ONG Oxfam, se basant sur l’étude du réassureur Swiss Re, la perte potentielle de PIB due au changement climatique est deux fois plus importante que celle enregistrée pendant la pandémie de Covid-19. Le G7 perdrait ainsi 5 milliards de dollars par an, soit 8,5 % de son PIB, d’ici 2050, si les températures augmentent de 2,6 °C.

La France, deuxième pays du G7 le plus touché

"En France, le changement climatique entraînera une perte de PIB de 10 % par an d’ici 2050 dans l’hypothèse d’un réchauffement de 2,6 °C. La France sera le deuxième pays du G7 le plus impacté après l’Italie", détaille Armelle Le Compte, responsable plaidoyer climat chez Oxfam. "Alors que l’État français vient d’être reconnu coupable d’inaction climatique et que la loi Climat au rabais récemment votée ne permettra pas d’inverser la tendance, le gouvernement doit prendre des mesures pour accélérer une transition climatique juste, sans quoi, les conséquences économiques et sociales seront bien pires que ce que nous avons connu avec le Covid 19", ajoute-t-elle.

Et la France n’est pourtant pas le pays le plus touché. L’Inde par exemple, pourrait voir son PIB chuter de 27 % dans moins de 30 ans. L’Afrique du sud de 17,8 %. L’Australie de 12,5 %. "Si on s'attend à ce que les économies se remettent des effets à court terme de la pandémie, ceux des changements climatiques s'intensifieront, année après année", prévient Oxfam.

Pour parvenir à ces chiffres, le réassureur Swiss Re a pris en compte les impacts directs des événements climatiques comme les sécheresses, les inondations, la santé ou le stress thermique. "Le changement climatique est le risque numéro un à long terme pour l’économie mondiale, et rester où nous sommes n’est pas une option - nous avons besoin de plus de progrès de la part du G7. Cela signifie non seulement des obligations de réduction des émissions de CO2 mais aussi d’aider les pays en développement, c’est super important", explique au Guardian Jerome Haegeli, économiste en chef chez Swiss Re. Et c’est justement ce que préconise l’Agence internationale de l’énergie.

L'horizon de la COP26

Dans un rapport rendu le 9 juin, l’AIE affirme que pour atteindre la neutralité carbone en 2050, les pays développés doivent multiplier par sept les financements dans les pays émergents ou en développement. Et pour cause ces derniers "abritent deux tiers de la population mondiale, génèrent 90 % de la croissance des émissions mais reçoivent 20 % des financements consacrés aux énergies propres", a détaillé le directeur de l'AIE, Fatih Birol.

Si les alertes se multiplient, les pays du G7, qui se sont réunis du 11 au 13 juin pour prendre des mesures sur le climat, n’ont pas réussi à convaincre les ONG. "Où est la mise en œuvre nationale claire avec des échéances et où sont les financements climat si urgencts pour les pays les plus vulnérables ?", s’interroge Jennifer Morgan, directrice générale de Greenpeace international. "Le G7 n’a pas réussi à poser les bases d’un succès à la COP26 car la confiance fait cruellement défaut entre pays riches et pays en développement", ajoute-t-elle. Rappelons que la COP26, qui se tiendra en novembre à Glasgow, est l’un des grands enjeux climatiques alors que l’humanité n’a plus qu’une décennie pour agir.

Novethic

Alors que les États sont de plus en plus nombreux à annoncer leurs objectifs de neutralité carbone, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) vient de dévoiler les trajectoires qui permettraient d’atteindre, ou non, cet objectif au niveau mondial, d’ici 2050.

Quels sont les principaux enseignements de ces nouvelles prévisions réalisées à la demande de la présidence de la COP26, qui se tiendra en novembre 2021 à Glasgow ?

La « neutralité carbone », pour réduire et absorber les émissions de GES

La lutte contre le réchauffement climatique repose sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre GES (CO2 en tête) via une baisse massive de la consommation des énergies carbonées (charbon, pétrole et gaz) ; elle repose aussi sur le développement des puits de carbone, avec l’augmentation des capacités de stockage des forêts et des sols, ainsi que sur le déploiement de technologies de captage et stockage du CO2.

La combinaison de ces deux actions doit permettre d’atteindre le « zéro émission nette » (la neutralité carbone), en ramenant les émissions de GES engendrées par l’activité humaine au niveau auquel elles sont « retirées » de l’atmosphère et absorbées par les puits.

Ces activités deviendraient alors « climatiquement neutres », permettant une stabilisation des températures au niveau mondial, comme le préconise le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC).

Plusieurs futurs énergétiques possibles

Avec sa nouvelle publication du World Energy Outlook « Atteindre le zéro émission nette d’ici 2050 », l’AIE décrit les trajectoires possibles des émissions de CO2 jusqu’en 2050, selon trois scénarios.

Le scénario le moins intense en termes d’effort de réduction correspond au scénario tendanciel (« laisser faire ») : il traduit la trajectoire des émissions si l’action politique reste figée au niveau actuel. L’objectif de cette projection étant de montrer quel serait l’impact futur du manque d’ambition climatique.

Le scénario intermédiaire (« développement durable »), décrit les projections d’émission de CO2 si les États mettent en application les politiques nécessaires pour atteindre leurs objectifs. Ce scénario présente une trajectoire compatible avec les seuils de températures fixés par l’Accord de Paris – soit une hausse maximale des températures moyennes mondiales limitée à + 2 °C.

Enfin, un nouveau scénario apparaît dans le rapport annuel de l’AIE : le « zéro émission nette », le plus audacieux pour le système énergétique global.

Le scénario ZEN, zéro émission nette

Ce nouveau scénario dessine le chemin à suivre d’ici 2050 pour atteindre la neutralité carbone nécessaire, toujours selon le cadre fixé par le GIEC, afin de limiter le changement climatique à 1,5 °C.

Alors que le scénario tendanciel n’aurait aucun effet sur l’évolution des émissions de CO2 en 2030, le scénario « zéro émission nette » indique un potentiel de réduction de 45 %. À l’horizon 2050, selon les modèles de prévision de l’AIE, ce scénario permettrait d’atteindre la neutralité carbone.

L’exercice prospectif du scénario « zéro émission nette » d’ici 2050 identifie la feuille de route suivante pour le secteur de l’énergie.

Du côté de la demande en énergie

Une baisse significative de la demande d’énergie (-8 % par rapport à aujourd’hui), malgré une population qui continue de croître.

Cette baisse est obtenue en jouant sur la consommation, grâce à la sobriété, résultat de changements de comportements en particulier dans le secteur du transport (par exemple, bannir les vols de moins d’une heure, privilégier le vélo pour de courtes distances plutôt que la voiture, ou réduire de 7 km/h la vitesse du trafic routier) ; grâce aussi à l’efficacité énergétique qui devrait partout portée à son maximum.

Du côté de l’offre en énergie

En ce qui concerne l’offre énergétique, le scénario suppose une électrification massive des systèmes : la demande d’électricité aura doublé d’ici 2050 et serait produite à 90 % à partir de renouvelables (avec une dominante pour le solaire), et à 10 % à partir du nucléaire qui verrait sa production et sa capacité mondiales doubler.

De nouvelles technologies et usages seront nécessaires et se déploieront grâce à un effort massif d’innovation : la demande pour le vecteur énergétique hydrogène serait multipliée par six et jouerait un rôle complémentaire à l’électricité.

L’arrêt de tout nouveau projet dans les fossiles

Au niveau des équipements et usages, l’AIE prévoit notamment que 60 % des véhicules devront être électriques d’ici 2030 et 50 % des camions d’ici 2035.

Les ventes de chaudières au fioul devraient être interdites dès 2025 et 50 % des bâtiments existants auront été rénovés de façon efficace en 2040.

L’une des conclusions les plus remarquées de ce dernier rapport de l’AIE est la suivante : en conséquence directe des trajectoires énergétiques impliquées par le scénario « zéro émission nette », les États et les entreprises doivent immédiatement cesser de procéder au développement de nouveaux gisements d’énergies fossiles et, au contraire, se reporter massivement sur les énergies bas carbone, pour un niveau de 4 100 milliards d’euros par an… soit plus du double de l’actuel !

Une base pour les négociations à venir

Même si l’exercice prospectif réalisé par l’AIE reste marqué de fortes incertitudes, il a le mérite de mettre en évidence deux points essentiel : d’abord l’écart entre les intentions et les actions mises en œuvre par les États ; et aussi la voie à suivre pour « sauver le climat ».

Cette proposition pourra ainsi servir de base aux négociations préparatoires de la prochaine COP26 en Écosse.

Le défi climatique et les challenges associés sont immenses ; seule une coopération internationale permettant des changements radicaux pourra permettre de relever un tel défi. Mais la feuille de route existe désormais pour cette ambition.

Carine Sebi


Professeure associée et coordinatrice de la chaire « Energy for Society »,

Grenoble École de Management (GEM)

 

Patrick Criqui


Directeur de recherche émérite au CNRS, Université Grenoble Alpes (UGA)

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